Evolution et évolutionnisme, La Vie

Découverte en Bavière : une bipédie il y a 12 millions d’années ?

https://www.lefigaro.fr/sciences/en-baviere-une-decouverte-bouleverse-l-histoire-de-nos-origines-20191111

En Bavière, une découverte bouleverse l’histoire de nos origines

Quatre millions d’années avant l’apparition des premiers hominines en Afrique, un singe marchait déjà debout en Europe.

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Publié le 11/11/2019 à 18:21, mis à jour le 11/11/2019 à 18:21
Découverte en Bavière : une bipédie il y a 12 millions d'années ? dans Evolution et évolutionnisme
Danuvius guggenmosi vivait très probablement dans les arbres où se tenir debout présentait un avantage certain pour attraper des fruits en hauteur. Velizar Simeonovski

L’homme est un animal qui marche sur ses deux pattes arrières. C’est un fait désormais bien établi. Cette posture verticale a vraisemblablement joué un rôle important dans notre évolution en libérant nos mains, qui ont gagné en dextérité, permettant de réaliser des tâches toujours plus complexes (se taper dessus bien sûr, mais aussi manger avec une fourchette ou fabriquer des voitures). Ce n’est pas une condition sine qua non d’intelligence ou de développement technique: rappelons que les T-Rex aussi étaient bipèdes et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’ont pas vraiment profité de l’occasion pour développer l’usage de leurs bras… Mais il semblerait bel et bien que pour l’homme, la bipédie ait joué un rôle évolutif fondamental.

Comprendre son origine est donc une question centrale pour les paléoanthropologues. Et si l’homme moderne a quitté son «berceau» africain il y a 150.000 ans environ, cela faisait déjà bien longtemps que ses ancêtres avaient fait leurs premiers pas. Les australopithèques marchaient déjà debout il y a plus de quatre millions d’années, et différentes autres espèces d’hominines, aujourd’hui disparues, montraient des signes de bipédie il y a 6 à 7 millions d’années en Afrique.

De nouveaux fossiles découverts dans le gisement d’Hammerschmiede, en Bavière, viennent révolutionner cette histoire: ils repoussent à 11,6 millions d’années les premières traces de bipédie chez les primates, et la font apparaître en Europe! Madelaine Böhme, de l’université Eberhard Karl de Tübingen, a publié la semaine dernière dans Nature , avec plusieurs collègues, les résultats de l’analyse détaillée de 37 ossements appartenant à au moins quatre individus de cette nouvelle espèce, baptisée Danuvius guggenmosi.

 

«C’est un gisement d’une richesse exceptionnelle, raconte Jérôme Prieto, paléontologue français à la Ludwig-Maximilians-Universität de Münich et coauteur de l’étude. Nous avons déjà trouvé des milliers de fossiles, du petit vertébré (poissons, lézards ou rongeurs par exemple) jusqu’aux proboscidiens (de gros mammifères à trompe dont les éléphants sont les seuls représentants actuels, NDLR), en passant par l’Anisodon (un étrange ongulé herbivore à la carrure de gorille, NDLR). Mais même dans ce contexte favorable, un singe reste une découverte incroyable.» Alors un grand singe bipède, n’en parlons pas…

La présence d’un tel animal en Bavière peut surprendre. Mais rappelons qu’à l’époque, le climat en Allemagne, comme dans le reste de l’Europe, n’est pas du tout le même qu’aujourd’hui: il y fait alors beaucoup plus chaud. En dépit d’un refroidissement abrupt amorcé 14 millions d’années plus tôt, l’ambiance globale reste subtropicale. À ce titre, il n’est donc pas si surprenant de trouver des singes dans ces régions boisées et humides.

Danuvius guggenmosi vivait d’ailleurs très probablement dans les arbres. «Son gros orteil, opposable, est extrêmement fort, idéal pour attraper des branches fines, souligne Nikolai Spassov, deuxième auteur de l’étude et directeur du Muséum national d’histoire naturelle de l’Académie bulgare des sciences. Ses bras, très longs, semblables à ceux des bonobos, sont parfaitement adaptés au déplacement par balancement de branche en branche (ce qu’on appelle la brachiation).»

En revanche, le bas du corps, lui, est étonnamment «humain». «La cheville est perpendiculaire au sol, la jambe bien verticale avec le genou et la hanche verticaux en extension, et une morphologie de tibia caractéristique, analyse Gilles Berillon, paléoanthropologue au Musée de l’homme, spécialiste des origines de la bipédie. Anatomiquement, cette architecture est bien plus proche de l’homme que du chimpanzé, c’est assez inattendu et très intéressant.» Se tenir debout dans les arbres présenterait un avantage certain pour attraper des fruits en hauteur. À l’image de ce que peuvent faire les orangs-outans.

 

«Les théories actuelles supposent que toute l’évolution humaine s’est produite en Afrique, rappelle Madelaine Böhme. Ce type de fossiles remet en partie ce modèle en question. En réalité, la bipédie humaine est peut-être apparue des millions d’années plus tôt qu’on ne le pensait, en Europe.» Avec le refroidissement du climat, ces espèces pourraient par la suite avoir migré vers l’Afrique, donnant naissance, après plusieurs millions d’années, à l’homme moderne. Cette bipédie acquise dans les arbres présentant par la suite un avantage important dans un milieu tel que la savane, pour repérer au loin des proies ou des prédateurs.

Ce n’est bien sûr qu’une hypothèse pour le moment. Au-delà de 7 millions d’années, les paléontologues ne disposent d’aucun registre fossile d’importance en Afrique pour documenter l’évolution humaine. Il existe donc un «trou» de plus de 4 millions d’années. «Il a pu se passer beaucoup de choses sur un tel laps de temps, souligne Gilles Berillon. On peut parcourir de la distance, ce n’est pas aberrant de proposer qu’il y ait un lien entre cette espèce et les premiers hominines africains, l’homme de Toumaï (7 millions d’années, Tchad, NDLR) ou Orrorin tugenensis (5,9 millions d’années, Kenya, NDLR). Ce n’est pas certain, loin de là, mais cela montre qu’il a pu y avoir des va-et-vient. Ce qui renforce au final l’idée que les hominines ont peut-être une origine eurasiatique, en fin de compte.» La découverte récente (annoncée en 2017) d’un hominine de 7,2 millions d’années dans les Balkans, le graecopithèque, renforce d’ailleurs cette idée. Et dessine une histoire toujours plus complexe de nos origines.


Un squelette exceptionnel pour son âge

 dans La Vie
Le squelette le plus complet est celui du mâle, avec 21 pièces. Ce sont les petits morceaux noirs dans la reconstitution ci-dessus. Christoph Jäckle

Pour décrire la nouvelle espèce de singe découverte dans le gisement d’Hammerschmiede, en Bavière, les paléontologues disposaient de 37 fragments osseux. Les chercheurs pensent avoir affaire à quatre individus au moins: trois adultes (un mâle et deux femelles) et un juvénile. Le squelette le plus complet (ou, pour être plus exact, le moins incomplet) est celui du mâle, avec 21 pièces. Ce sont les petits morceaux noirs dans la reconstitution ci-dessus. Toutes les parties blanches ont été reconstituées en plâtre. Cela peut paraître peu, mais c’est un vrai trésor pour les spécialistes, compte tenu de l’âge du squelette: 11,6 millions d’années. Par chance, toutes les parties du corps sont au moins partiellement représentées: pied, jambe, bras, vertèbres, dents et crâne… Les chercheurs ont notamment un petit aperçu au moins du fonctionnement de chaque articulation (cheville, genou, hanche, poignet, coude, épaule). C’est une incroyable opportunité qui va permettre d’étudier en détail la manière très étonnante dont il devait se déplacer: une locomotion hybride entre la marche humaine pour la partie inférieure et la brachiation simiesque pour la partie supérieure.

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