Actualité intellectuelle et philosophique, Evénement éditorial, Marc Fumaroli, Dans ma bibliothèque. La guerre et la paix (mai 2021)

Christophe Ono-di-Biot : le livre-testament de Marc Fumaroli (le Point)

Le livre-testament de Marc Fumaroli

Disparu l’an dernier, l’immense historien nous offre un magnifique essai posthume, « Dans ma bibliothèque. La guerre et la paix » (Les Belles Lettres/De Fallois).

https://www.lepoint.fr/culture/le-livre-testament-de-marc-fumaroli-24-05-2021-2427781_3.php 

Par Christophe Ono-dit-Biot

Publié le 24/05/2021 à 09h55

Quel dommage ! Nous n’aurons jamais la biographie du comte de Caylus (1692-1765). Nul autre que l’immense historien Marc Fumaroli, qui s’est éteint le 24 juin 2020, n’aurait pu, en effet, retracer la carrière de cet esprit hélas mal connu de nos contemporains, qui commença à se consumer héroïquement dans tous les feux de la guerre avant de trouver sa véritable gloire dans l’étude des grands auteurs antiques, « discipline exigeante et complexe visant à l’étude du passé qui avait rendu possible la Renaissance et qui rendit possible la Révolution française », comme nous avait confié l’académicien, un jour de l’été 2018, en évoquant son cher aventurier de la culture. Non sans mentionner combien ce dernier avait posé les fondements de l’archéologie et construit ce décor antique que tous les grands esprits européens, de Goethe à David, allaient trouver si fécond… Mais séchons nos larmes, car Caylus est bien chez lui dans Dans ma bibliothèque. La guerre et la paix, le dernier ouvrage de Marc Fumaroli. Il nous en ouvre même la porte.

Professeur de curiosité. Une somme à laquelle l’historien s’était attelé durant sa maladie, parce qu’il fallait « trouver une raison de vivre dans des conditions aussi malheureuses », disait-il. Un livre « sans queue ni tête, où je parle de mes lectures favorites et de quelques trouvailles », et qu’on ne lirait qu’« après [s]a mort », ajoutait-il. C’est vrai pour ce dernier point, mais pas pour celui qui précède. Sans queue ni tête ? Politesse. Plutôt à sauts et gambades, aurait dit Montaigne, et c’est à lui que l’on pense en parcourant les courts chapitres, ciselés, divers, érudits et gourmands, de cet essai qui se présente comme une histoire culturelle du siècle des Lumières, mais éclairée par les orages de la guerre et les rayons de soleil de la paix, et qui évoque aussi bien « le nouveau monde de Watteau »« Louis XV, roi sans divertissement » que la présence de Clausewitz chez Tolstoï, « cet Homère russe », Fénelon et l’éducation des princes, l’amor ferri (« l’amour du fer », la guerre) dénoncé par Virgile dans l’Énéide, le manuscrit de Vie et destin de Vassili Grossman, confisqué par le KGB, ou Hiroshima et l’hubris… C’est dire l’ampleur de ce dernier livre, dont voici un extrait, et qu’on lira en ayant à l’esprit cette si belle phrase de ce professeur de curiosité, de ce maître Jedi de la libido sciendi : « Je ne prêche pas l’encyclopédisme des Lumières, qui serait démesuré aujourd’hui, mais une juste mesure de savoir éclectique, tenant compte de la pluralité des mondes où prospèrent le réel et le vivant. »§

« Dans ma bibliothèque. La guerre et la paix », de Marc Fumaroli. Les Belles Lettres/De Fallois, 462 p., 23,50 €. Parution le 26 mai.

EXTRAIT

Tolstoï et l’Iliade

« Le roman “épique” Guerre et Paix, publié entre 1862 et 1869, est la version moderne d’une “Iliade” où la mort du prince André fauché par un éclat de bombe française, sur le champ de bataille de Borodino, serait l’équivalent de la mort d’Hector sous les coups d’Achille, au chant XXII de l’Iliade. Tolstoï avait commencé son œuvre romanesque par des Récits du Caucase (1855) où une lutte à mort entre guerriers musulmans tchétchènes et nobles officiers russes faisait valoir le code d’honneur commun aux deux noblesses d’épée. L’honneur dans les aristocraties, vengé par le duel d’homme à homme, et non par la guerre de peuple à peuple, exige de courir le risque glorieux de finir jeune, en pleine santé, sans avoir eu à s’humilier devant la vieillesse et la mort. Rien de plus absurde aux yeux du bourgeois et du prolétaire modernes que ce dédain de la vie et de la science de la santé qui la prolonge. Inversement, rien de plus servile aux yeux du prince et du gentilhomme de naissance que le propos avoué des Essais de Montaigne :“Philosopher, c’est apprendre à mourir.” »

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