Actualité intellectuelle et philosophique, Evénement éditorial, Marc Fumaroli, Dans ma bibliothèque. La guerre et la paix (mai 2021)

Etienne de Montety : Marc Fumaroli, dernière leçon (le Figaro)

Dans ma bibliothèque, la guerre et la paix, de Marc Fumaroli: dernière leçon

Par 

Publié le 16/06/2021 à 16:02
https://www.lefigaro.fr/livres/dans-ma-bibliotheque-la-guerre-et-la-paix-de-marc-fumaroli-derniere-lecon-20210616

LA CHRONIQUE D’ETIENNE DE MONTETY – Dans cet essai, l’historien disparu l’année dernière lève aussi le voile sur un sujet inconnu de ses lecteurs: lui-même.

«Écrivant ce livre pour ne pas perdre pied dans la traversée d’un périlleux gué de santé…» Par cet étonnant aveu, Marc Fumaroli, disparu en 2020, donne le ton. Si son livre a comme d’habitude l’éclat de son éblouissante culture, il porte une marque inédite: un mal le gagne, donnant à son propos un reflet crépusculaire inconnu.

Faisant élégamment fi de cette contrariété, l’historien poursuit son étude de ce qu’il a nommé la République des lettres, cette société informelle qui voit dès le XVIIe siècle, et sans intervention d’aucune institution supranationale, fleurir en Europe des esprits supérieurs pensant, dialoguant, correspondant: ils s’appellent Érasme, Peiresc, Dupuy, et plus tard Voltaire. Ils représentent un moment et peut-être l’acmé de la civilisation européenne. L’auteur observe que ce temps béni est celui de la paix de Westphalie (1648) et ce qui s’ensuivit.

On n’étonnera personne en s’émerveillant une dernière fois devant l’aisance de l’auteur face à ces sujets touchant à l’histoire, la littérature, la peintureAprès le roi guerrier Louis XIV, la France connaît une accalmie dont l’écho se trouve notamment dans le Télémaque de Fénelon, livre de conseils à un jeune prince, parmi lesquels l’amour de la paix. Des peintres en sont, en seront l’illustration, Watteau, Boucher, David. Quelle corrélation entre les temps agités ou paisibles et l’art? Des intuitions permettent à Fumaroli de nombreuses correspondances, toujours heureuses. Sa leçon n’a jamais varié: l’art n’est pas un jaillissement spontané, conception moderne, il est préparé par une époque, une politique, une esthétique. Il en est l’émanation et l’illustration.

On n’étonnera personne en s’émerveillant une dernière fois devant l’aisance de l’auteur face à ces sujets touchant à l’histoire, la littérature, la peinture. Modestement, il a titré son livre Dans ma bibliothèque, mais son savoir l’excède de beaucoup. Qui a jamais pensé au comte de Caylus, esprit antiquisant et grand mécène, pour illustrer le siècle des arts sous Louis XV? Qui pour en trouver la trace dans la Recherche (Charlus compte Caylus ou Quélus, parmi ses ancêtres)? Qui connaît l’abbé du Bos (on en rougit, on s’en tenait à Charles du Bos, critique du début du XXe siècle)? Et La Font de Saint-Yenne et Bernard de Montfaucon? Ce sont là quelques-unes des grandes figures du monde de Fumaroli.

La culture pour éclairer la vie, les livres comme des viatiques dans le dernier combat, telle est la leçon, poignante et superbe, du professeur Fumaroli…Et qu’on n’imagine pas notre Pic de La Mirandole bloqué à l’Ancien Régime. Tandis que l’objection pointe, à force de Saint-Simon et de Fénelon, le voici qui passe au siècle suivant: la guerre a évolué, elle est devenue totale. De l’affaire d’un roi, elle est devenue celle d’un peuple. Ce n’est pas sans conséquences sur l’art. À l’appui de son propos, il cite Clausewitz, le théoricien sur qui travailla Raymond Aron, un de ses maîtres et ami. Il y a encore Tolstoï et au XXe siècle, Vassili Grossman, tous deux témoins et interprètes des guerres de leur temps, napoléoniennes pour l’un et modernes pour l’autre.

Et comme il ose placer son essai sous le signe d’un inéluctable compagnonnage avec la maladie, il lève aussi le voile sur un sujet inconnu de ses lecteurs: lui-même. Soit un enfant de Fez, élevé au lait d’Homère et Virgile, auteurs que sa mère avait emportés au Maroc pour oublier la Grande Guerre qui venait de lui ravir un frère. Ce sont eux qui ont instruit Marc, et l’ont accompagné au soir de sa vie. La culture pour éclairer la vie, les livres comme des viatiques dans le dernier combat, telle est la leçon, poignante et superbe, du professeur Fumaroli…

Mots-clefs :

Pas encore de commentaire.

Ajouter votre réponse

Cryogenic ball valves manuf... |
Dual plate check valve manu... |
Boni5933 |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Mobile Livescore
| Astuces en tous genre !!!
| Fzmmf